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Qu’embarque-t-on pour 3 mois en mer ?

Un inventaire pratique et poétique…

A J-5 du départ du Vendée Globe, c’est l’effervescence sur les pontons des Sables d’Olonne. A bord de Newrest-Matmut, la liste des choses à faire diminue de jour en jour, signe rassurant d’une préparation parfaitement orchestrée. Pour Fabrice Amedeo et son équipe, l’heure est au chargement des indispensables sacs d’avitaillement et de vêtements. L’occasion de dresser avec le skipper francilien un inventaire du bord… pratique et poétique.

Une alimentation surveillée de près

Manger, dormir, se vêtir… à bord d’un Imoca en course autour du monde, toutes ces actions du quotidien prennent une tournure particulière tout en gardant un caractère essentiel et plus encore. Ainsi, l’alimentation d’un marin au large revêt-elle un aspect primordial que Fabrice Amedeo, fidèle à son approche très rigoureuse, n’a pas manqué de mettre entre de bonnes mains. Virginie Auffret, nutritionniste du sport chez Nutri&Co, a ainsi eu la lourde tâche de composer les menus du bord, en tenant compte de critères liés à la performance, à l’effort, au plaisir et à la progression de Fabrice autour de la planète : « Le but, c’est d’éviter une perte de poids ou une fonte musculaire importante, tout en gardant le plaisir de manger, explique celle qui accompagne le marin depuis un an. Pour cela, nous jouons sur la variété des plats, mais aussi sur leur qualité nutritionnelle. Pour connaître les besoins de Fabrice, nous avons défini ses habitudes alimentaires et ses dépenses quotidiennes, à terre, et pendant les courses. A partir de là, j’ai établi des menus adaptés à ses besoins. Sur le plan calorique, la fourchette peut varier de 2500 Kcal/j dans les zones les plus chaudes, à 5500 Kcal/j pour les plus froides ». Concrètement, 95 sachets quotidiens ont d’ores et déjà trouvé place à bord de Newrest-Matmut, chacun contenant un petit déjeuner, deux repas chauds et deux en cas (un pour le milieu de nuit et un pour le goûter) composés essentiellement de barres de céréales, de fruits secs et de viande séchée. « Pour les dix premiers jours, je ne prends que du lyophilisé, notamment pour tenir compte de l’adaptation au rythme de la course, et de la brioche Pasquier pour le petit déjeuner, détaille Fabrice. Ensuite, je mixerai avec des plats préparés ». Et s’il avoue ne pas trouver dans la nourriture de réconfort particulier en cas de baisse de moral, il n’a pourtant pas manqué de mettre en bonne place ses deux péchés mignons : le chocolat et les bonbons !
30 caleçons… et de la lessive !

Étudiée avec la société Marinepool, la garde robe à bord de Newrest-Matmut ne va rien laisser au hasard. Aux deux cirés complets et deux paires de bottes destinés au tour du monde, vont venir s’ajouter trois sacs : un pour la descente, un pour le sud et un pour la remontée. A l’intérieur, des vêtements adaptés et notamment des hauts en laine mérinos dont l’épaisseur varie en fonction des températures attendues. A cela, il faut ajouter trois bonnets, une grenouillère et des chaufferettes pour les conditions les plus froides, mais aussi 30 caleçons, 30 paires de chaussettes… et un tube de lessive !
Onfray, Nietzsche, Conrad… et un lance-pierre

Mais si les nourritures terrestres ont évidemment une place vitale à bord de Newrest-Matmut, le skipper-journaliste n’est pas du genre à négliger celles de l’esprit. Plusieurs livres composent ainsi la bibliothèque de ce tour du monde : « Théorie du voyage » de Michel Onfray, « Le Miroir de la mer » de Conrad, « L’Antéchrist » et « Par-delà le bien et le mal » de Nietzsche et « L’Absence » de Peter Handke. Pour compléter ce riche inventaire il convient d’ajouter les dessins de Joséphine, Louise et Garance, les trois filles de Fabrice, une citation de Mohammed Ali qui accompagne le marin depuis ses débuts sur son 60 pieds et un mystérieux lance pierre… « Il m’a été offert par Yvon Berrehar, mon directeur technique devenu un ami proche. Il fait référence au choix de Bernard Moitessier qui avait choisi de ne pas boucler la boucle du Golden Globe, préférant poursuivre sa longue route vers la Polynésie. C’est en se servant d’un lance-pierre qu’il avait envoyé un message à bord d’un cargo, expliquant qu’il faisait cela « peut-être aussi pour sauver son âme ». Même si j’ai bien l’intention de revenir aux Sables d’Olonne et boucler mon Vendée Globe, le symbole me plait beaucoup ».